Freud

Le rêve d’une agoraphobique

Ce rêve qui est l’un de mes préférés (avec le rêve de Freud dit du WC de campagne)l figure sous le nom rêve d’une agoraphobique et se trouve p. 401 de la traduction Jean-Pierre Lefèbvre.

Il trouve place dans ce chapitre que Freud consacre au symbolisme, mais justement pour y apporter une sorte de restriction, de limite, de ses pouvoirs dans l’interprétation des rêves. Il rappelle que
l’essentiel est en effet de prendre appui sur les associations du rêveur et que le symbolisme n’en est qu’un adjuvant qui ne vient en quelque sorte que conforter ce qu’on peut déduire quant au déchiffrage de ce rêve à partir de ces associations.
“ Mais je voudrais ici aussi mettre en garde expressément contre la surestimation de la signification des symboles pour l’interprétation du rêve, contre la réduction par exemple du travail de traduction du
rêve à une traduction de symboles et contre l’abandon de la technique d’exploitation des idées qui viennent à l’esprit du rêveur. Les deux techniques doivent se compléter l’une l’autre. Mais sur le plan
pratique aussi bien théorique la priorité demeure au procédé initialement décrit, qui attribue aux propos exprimés par le rêveur la signification décisive, tandis que la traduction des symboles à
laquelle nous nous livrons vient s’ajouter comme une ressource auxiliaire.”

Voici le texte de ce beau petit rêve :

“ Je me promène en été dans la rue, je porte un chapeau de paille d’une forme particulière, dont la partie médiane est recourbée vers le haut, et dont les côtés pendant vers le bas ( la description se bloquant ici un instant) et de telle manière qu’une partie latérale se trouve plus basse que l’autre. Je suis joyeuse et d’humeur confiante, et au moment où je passe devant une troupe de jeunes officiers, je pense à part moi : vous tous, vous ne pouvez rien me faire du tout”.

Le rêve d’une amie de Freud

Le rêve se trouve page 383, dans le chapitre “ le travail du rêve ». Il est introduit par une phrase que, pour ma part, je n’arrive pas à bien déchiffrer. Je vous laisse donc le soin de l’interpréter vous-même en fonction du rêve cité : “Je ferai maintenant état d’un rêve dans l’analyse duquel la mise en image de la pensée abstraite joue un rôle plus important. La différence entre ce genre d’interprétation du rêve et celle qui recourt au symbolisme ne cesse pas cependant d’être très nettement marquée. Dans l’interprétation symbolique du rêve, la clé de la symbolisation est arbitrairement choisie par l’interprète du rêve. Dans les cas de déguisements langagiers que nous citons, les clés sont universellement connues et données par la pratique langagière établie. Quand on dispose de la bonne idée spontanée dans la bonne circonstance, on peut aussi, soit totalement, soit partiellement résoudre des rêves de cette nature indépendamment des indications du rêveur.”

Est-ce que, en cette circonstance, Freud ne nous indique pas qu’il n’utilise pas ce symbolisme mais sa connaissance de la vie de son amie pour l’interpréter ?

Un rêve où Freud est accusé du vol d’un objet perdu ! 

Ce rêve est décrit par Freud dans le grand chapitre qui concerne “Le travail du rêve”.  Il fait partie des rêves où il y a inhibition, l’impossibilité de faire quelque chose.  Il se trouve à la page 377 de la traduction Jean-Pierre Lefébvre. Il est introduit par cette question qu’il pose  » Que signifie cette sensation de mouvement inhibé si fréquente dans le rêve et qui s’approche tant de l’angoisse ? On veut s’en aller et on ne bouge pas de là, on veut faire quelque chose de particulier et on bute continuellement sur des obstacles […] il est commode mais insuffisant de répondre qu’il y aurait dans le sommeil une paralysie motrice qui se signalerait par la sensation évoquée ».   Le rêve que Freud rapporte se trouve donc là pour illustrer ce « ne pas pouvoir y arriver » mais sans sensation corporelle de cette inhibition.  Freud nous dit que cette formule fait partie du contenu onirique, donc du texte du rêve.   C’est un rêve abrégé dans lequel Freud se trouve accusé de malhonnêteté.  

« Le lieu est un mélange de clinique privée et d’un certain nombre d’autres locaux.  Un domestique se présente pour me convoquer à une enquête. je sais dans le rêve qu’on ne trouve plus quelque chose et que l’enquête résulte du soupçon que je me sois approprié l’objet perdu. L’analyse montre que le mot Untersuchung, qui désigne l’enquête, doit être pris dans un sens double et comprend aussi l’examen médical. Conscient de mon innocence et de ma fonction de consultant dans la maison, je suis tranquillement le domestique. Un autre domestique nous accueille à une porte et dit en me désignant : vous l’avez amené mais c’est un homme comme il faut. J’entre alors sans domestique dans grande salle où sont dressées des machines, et qui me rappelle un Enfer avec ses châtiments infernaux. J’aperçois, attelé à un appareil, un confrère qui aurait toutes les raisons de se soucier de moi; mais il ne fait pas attention à moi.  On me signifie ensuite que je peux m’en aller. Et alors je ne trouve pas mon chapeau et de toute manière je ne peux pas m’en aller ».  

Freud interprète ainsi son rêve : la satisfaction de désir du rêve est d’être reconnu comme un homme honnête. Mais le fait qu’il en puisse pas s’en aller prouve le contraire. 

 » Le ne-pas-arriver du rêve est une expression de contradiction. Un  » NON » en fonction duquel, donc l’affirmation précédente, qui disait que le rêve ne parvenait pas à exprimer le non doit être corrigée. » 

Rêves et complexe de castration

Le moindre des petits rêves rapportés par Freud dans son grand texte L’Interprétation du rêve, donne accès aux questions cliniques et théoriques les plus brûlantes de la psychanalyse.
En témoignent par exemple ces deux rêves que Freud utilise pour indiquer comment tout ce qui est dit, à propos du rêve, sert à masquer son contenu latent mais, en même temps, le dévoile.
Ils illustrent certes son propos, mais également révèlent ce qu’il en est du complexe de castration qui est différent pour les hommes et pour les femmes et cet événement traumatique que constitue la découverte de la différence des sexes.
Nous en sommes toujours au chapitre « Travail du rêve » p. 373 trad. Jean-Pierre Lefebvre.

Quand il y a des trous dans le récit du rêve, quand quelque chose y manque

Une règle importante à retenir pour interpréter les rêves : tout ce qui accompagne le récit du rêve, ses commentaires, dévoile son contenu manifeste en même temps qu’il le masque.

Voici comment Freud le formule “ Les gloses sur le rêve, les remarques apparemment innocentes faites sur celui-ci servent souvent à voiler de la façon la plus raffinée qui soit un élément de ce qui a été rêvé, alors, qu’à dire vrai, elles le trahissent. Lorsque par exemple un rêveur déclare ici le rêve est estompé, et que l’analyse fait surgir une réminiscence infantile dans laquelle il épiait une personne en train de s’essuyer après défécation”.

Il en donne un premier exemple :

“ Un jeune homme fait un rêve très net, qui lui rappelle des productions imaginaires restées conscientes du garçonnet qu’il a été, il se trouve le soir dans un hôtel estival, se trompe de numéro de chambre et entre dans une pièce où une dame d’un certain âge et ses deux filles sont en train de se déshabiller pour aller au lit. Il continue : ensuite il y a quelques trous dans le rêve, là il manque quelque chose, et à la fin, il y avait un homme dans ma pièce qui voulait me jeter dehors et avec qui j’ai dû me battre.”

Deux rêves,  l’un clair,  transparent, net, et un autre, flou et confus

Nous travaillons toujours pas à pas, ce chapitre intitulé «  le travail du rêve ».  Nous en sommes à la page 372 et 373, où Freud nous présente deux rêves, l’un étant très précis, très net, l’autre, flou et confus.   Freud pose avec l’aide de ces deux rêves, une sorte d’axiome qui rejoint bien ce que Lacan en avait décrit d’expérience, à propos du grand rêve immense du patient d’Ella Sharpe, à savoir que tous les commentaires faits par l’analysant à propos d’un rêve font déjà partie de son contenu latent. Ils sont en lien avec les pensées du rêve.   

Cet axiome posé par Freud est le suivant «  La forme du rêve ou de l’activité onirique est employée avec une fréquence tout à fait surprenante pour figurer le contenu caché. » Il en donne deux exemples qui sont difficiles à décrire car il ne nous donne pas le texte même de ces deux rêves. 

Encore un rêve de désir de la mort du père 

C’est un rêve très court et du même coup très intéressant pour saisir les mécanismes de la formation du rêve. Freud le cite pour montrer comment les inversions servent à la défiguration du rêve et surtout comment il peut y en avoir plusieurs dans le même rêve. 

Voici le texte du rêve “ Son père le gourmande parce qu’il rentre si tard à la maison”   ( Page 369 de la traduction Jean-Pierre Lefebvre) Chapitre Le travail du rêve. 

L’identification  ou la création d’images composites dans quelques rêves

A partir de ce que Freud décrit de ces “identifications” je me suis tout d’abord sentie  un peu noyée dans ce chapitre. Mais j’ai commencé à me repérer beaucoup mieux quand j’ai remarqué que Freud ne fait que poursuivre sa démarche où après avoir étudié la façon de représenter dans le rêve, les relations de causalité, le “si… alors”,  et celle de l’ambiguïté,  le “ou bien… ou bien”, il passe maintenant à la similitude avec la conjonction “ Comme”.   

le rêve de la Via, Villa, Casa Sezerno ( Partie 2)

Dans cette lettre du 28/4/97 ( numérotée 125 dans cette édition et 60 dans la Naissance de la psychanalyse),  adressée à Fliess, Freud raconte ce rêve 

“ Cette nuit j’ai fait un rêve qui se rapportait à toi. C’était une nouvelle par télégramme concernant ton lieu de séjour”.   Un mot  entre parenthèses précède l’adresse. Il n’est pas écrit nettement. C’est peut-être Venise.  Il y a ensuite les trois mots Via, Villa, Casa suivis de Sezerno. 

Il poursuit “Ma présentation indique ce qui apparaissait sans netteté et ce qui paraissait multiple. C’est Sezerno qui était le plus net. En même temps un sentiment d’agacement :  tu n’es pas allé à l’endroit que je t’avais recommandé : Casa Kirch.” 

Freud décrit alors ce qu’il appelle un  “ compte rendu des motifs”.  Je n’ai retenu de ces motifs que ceux qui concernaient l’agacement de Freud à l’égard de Fliess :  

Le rêve de la Via ou Villa ou Casa Cezerno ( première partie)

le rêve tel qu’il est décrit dans l’interprétation du rêve 

Ce petit rêve, tel qu’il est présenté par Freud dans l’Interprétation du rêve, ne paye vraiment pas de mine, mais en allant le retrouver dans les lettres que Freud avait envoyées à Fliess, tout au moins dans l’édition complète, il prend soudain beaucoup de relief. Car à l’arrière-plan de ce rêve se trouvent en effet toutes les hésitations, voire le trouble, éprouvés par Freud devant sa découverte du rôle que joue dans la névrose, ce qu’il appelle la séduction par le père pervers, avant d’y renoncer, pour décider que ces scènes originaires sont fantasmées à partir de choses vues et entendues. . Mais au moment de ce rêve et de celui de “ on est prié de fermer les yeux”, il croit encore à sa réalité. Il accuse même son père d’avoir abusé de l’un de ses frères et de ses plus jeunes sœurs.

Ce rêve Freud le donne à titre d’exemple pour indiquer que, lorsque il y a un “ou bien… ou bien” entre deux termes du rêve, dans ce cas là il faut remplacer cette conjonction par un “ et”, c’est-à- dire donner une égale importance aux deux termes qui sont l’objet de l’hésitation.
Exemple “ Dans le jardin ou dans la maison” doit être interprété comme “ dans le jardin et dans la maison”

Lecture ligne à ligne de l’Interprétation du rêve, l’oeuvre majeure de Freud

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